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Ceux qui le connaissent bien le savent bien, Jean-Pierre Huser est un homme de partage et d’échange, tant humainement qu’artistiquement. Pas étonnant dès lors que sa musique, cette « country du Pays d’en-Haut » toute personnelle aux aspérités rugueuses loin des cartes postales, connaisse elle aussi des métissages tant heureux qu’inattendus.
Avec « La Planète Grand Nord », Huser récidive en compagnie d’Olga Letykai Csonka, chanteuse tchouktche du Détroit de Bering, de son jeune et talentueux guitariste Florent Bernheim, et deux nouveaux venus, Yvor Malherbe à la contrebasse et Raphaël Pitteloud aux percussions, qui amènent une touche jazzy des plus agréables.
Le résultat : un vrai régal pour les oreilles ! Toute cette richesse musicale se marie à merveille, comme coulant de source. Un vrai régal pour les yeux également, le costume traditionnel d’Olga Letykai Csonka et les peintures de Huser constituant déjà un voyage à eux seuls.
Le centre culturel de Riddes (La Vidondée) a su faire preuve de goût et d’originalité en mêlant musique, peinture et ethnologie, il n’y a qu’à espérer que cette belle initiative fasse écho hors du Valais.
15 et 16 décembre 2007, François Lemonnier et son complice David Houel ont donné un spectacle un peu particulier, puisqu’ils étaient invités par l’Orchestre d’Harmonie de Coutances, dirigé par Alain Devémy. Au menu, « Le chêne et le noyer » composé par François Lemonnier et David Houel et orchestré par Philippe Arnaud, et un florilège de chansons de François Lemonnier spécialement réarrangées pour l’occasion par David Houel.
C’était le 2 juillet 2007, dans le cadre du festival Chansons de Parole à Barjac, village médiéval du Gard dont on ne se lasse pas de parcourir les ruelles. C’était la première de « Laissez-vous Béranger », spectacle-hommage à François Béranger mené par Jofroi (instigateur du projet), Michel Bühler, Marie Tout Court et Thomas Pitiot, et accompagnés par les musiciens de la dernière tournée de François Béranger : Lalo Zanelli, Didier Ithursarry et Marquito Benabou.
Autant le dire d’emblée, ce n’est pas sans appréhension que j’ai découvert ce spectacle. Crainte de voir les chansons de Béranger dans des versions copie carbone ou au contraire dénaturées, malgré la présence de Michel Bühler, crainte de ne pouvoir me détacher de la « référence » Béranger… Mais en quelques mesures, mon appréhension a disparu. Bühler est parfait avec sa voix profonde comme celle de Béranger, Jofroi aussi, Marie Tout Court et Thomas Pitiot ont une énergie incroyable, et tous portent les chansons de François Béranger avec émotion et générosité. Je me surprend même à adorer « Sombrero de Panama », chanson qui m’avait laissé un peu froid dans sa version studio. Et c’est ainsi que cette fine équipe parcourt le répertoire de Béranger… avec un esprit complètement « Béranger ». Emmanuelle Béranger la rejoint pour « Tous ces mots terribles », en rappel.
Au final, un spectacle jouissif et beaucoup de choses qui se ressentent au-delà des mots, au-delà de la musique. Quelque part, la présence de François Béranger et une complicité ont réuni artistes et public.
Et voici que Miguel Samiez alias Astral se mue en Aeryal, délaissant l’éther infini pour venir caresser les plages de Tenganan. Deux premiers albums prometteurs laissaient espérer encore mieux et c’est chose faite avec ce Tenganan aux couleurs chatoyantes, où la personnalité musicale de Miguel Samiez s’affirme davantage, assume aussi ses influences et les transcende. Le jeune Padawan mérite d’être intronisé Chevalier Jedi !
Avec Tenganan, Miguel Samiez évoque son voyage à Bali (et dans le village de Tenganan…) en 2006, au travers de douze pièces musicales, douze pièces d’un puzzle où se mêlent les riches sensations de la découverte d’un pays longtemps rêvé. Cette invitation au dépaysement a rencontré un succès des plus mérités.
Cet extrait du témoignage d’une fan résume bien l’engouement suscité par Aeryal « divinité musicale polymorphe aux mouvances surprenantes (…) dont l’énergie tantrisante rebondit en fluides multicolores et ascencionnels (…). Du grand art. »…

Chronique tardive d’un double CD qui lui ne risque pas de veillir… Ce ne sont pas moins de 32 chansons et un instrumental qui composent « D’un millénaire à l’autre », une magnifique et copieuse compilation de Jean-Pierre Huser.
On y retrouve une bonne partie des albums « Les ouvriers de la montagne » et « Les larmes de l’an 2000″ (deux albums que je considère comme parmi les meilleurs de JPH), quelques incontournables (« La rivière », « Guillaume Tell », etc.) et une poignée de nouvelles chansons dont la très réussie « Génération + » qui a même eu les « honneurs » de se faire plagier par un triste charlot.
Ce serait fastidieux d’énumérer les petits joyaux qui parsèment « D’un millénaire à l’autre », mais il serait dommage de passer à côté de « La maison », dans une sublime version enregistrée en public, toute en émotion retenue.

François Béranger avait posé cette question en 1981, peu après l’arrivée de François Mitterand au pouvoir. Pareille question est plus que jamais d’actualité en ces temps de pré-explosion sociale.
François Béranger avait l’art de dire les choses sans circonvolutions, sans mettre d’eau dans son vin. Pas vraiment le genre « politiquement correct », ni d’ailleurs le genre « politiquement incorrect » qui n’est qu’une autre façon d’anesthésier les consciences. Il forçait parfois un peu le trait (« L’état de merde » par exemple), à peine d’ailleurs, mais derrière quelques expressions « grossières » et quelques raccourcis hilarants se révelait la subtilité du libre-penseur et de l’artiste.
Cette absence de concessions, il l’aura payé au prix fort : on ne l’a guère invité sur les plateaux TV, guère diffusé sur les radios non plus, à part quelques « tubes » comme « Tranche de vie », « Mamadou m’a dit » et « Canal 19″. Mais François Béranger a-t-il jamais fait partie du show-business ? On peut en douter, après un premier album enregistré chez CBS en 1969 et orchestré sans qu’il ait son mot à dire, il choisit lui-même ses musiciens dès le deuxième album et quitte CBS pour le troisième, publié chez L’Escargot, le label de Gilles Vignault, où il bénéficie d’une totale liberté.
La critique sociale, déjà présente dans « Tranche de vie » se fait plus féroce, plus incisive, comme dans « Manifeste », « Nous sommes un cas » ou « Magouille blues », qui ne sont pas vraiment le genre de chansons à figurer dans une playlist consensuelle. Même la poésie sublime du « Monument aux oiseaux » et de « Natacha » y semblerait incongrue d’ailleurs.
A défaut de monopoliser les radios et la TV, François Béranger se découvre entre amis, comme un livre interdit ayant échappé à l’autodafé. C’est la rencontre d’un grand frère qui a su mettre en paroles et en musique nos révoltes et nos espoirs, avec une irrévérence que nous n’avons pas osé exprimer et un humour effronté propre à la connivence.